Il marchait, elle courait, elle voulait le rattraper, il s'eloignait de plus en plus dans la brume epaisse du matin, elle avait peur, elle avait du mal a respirer et à crier son nom, il ne laissait qu'une vapeur sortir de sa bouche, elle, elle ne voulait plus le lacher, elle le suivait a bout de force, ses jambes l'abandonnaient, elle tombat a genoux, dans une eau boueuse aux limites d'une rue, elle deposait son dernier espoir, il venait de partir, la laissant croiser sa solitude pleurant des larmes froides en ecoutant le bruit que faisait le train qui emportait sans peine son amour perdu.
Comme des bétes, ils etaient plaqués les uns aux autres, collés aux grilles des wagons cherchant à bout de souffle un instant d'air pure. Les millitaires Allemands, reconnaissables par leur langue franchement parlée et un aigle ornant leurs manches, sifflaient et hurlaient des noms ou prenoms d'hommes et de femmes agés de ttes generations, certains boitaient, d'autres pleuraient, des enfants etaient arrachés à leurs meres comme des jouets, un policier venait de plaquer un jeune garcon au sol, frappant dans des cotes deja bien amaigrit, laissant pour mort un corp meurtri. Le compte etait bon, le train ferma toutes ses portes, la fumée sortait de la cheminée en criant d'un bruit assourdissant. Il partait, s'eloignant de plus en plus en laissant derriere lui un silence et une froideur hors du commun. Il y avait, apres ce brusque depart, une ambiance tenebreuse, un ciel gras, un vent sec est gelé. On voyait une rougeur sur les visages figés des militaires assez heureux d'infliger cette horreur à de pauvres personnes qui mis a part d'avoir été juifs, ne montraient aucune difference tant au point de vu physique que du fait d'avoir eux aussi une place sur cette terre. On sortait la Biere brune, fetant sans doute ce qui pour eux etait une victoire, la capture et l'envoie aux chambres a gaz, aux travaux forcés. Comment un être humain pouvait se rejouir de cette stupidité, de cette folie sadique? Le train venait d'arriver, plus tard ds la nuit, cent douze hommes, quatre-vingt femmes, vingt-cinq enfants et six decés, c'est ce qu'il restait.Pas plus proprement qu'au depart, la sortie des wagons s'etait fait dans des conditions pitoyables, meme honteuses, classés par sexes, puis par ages, les lignes avancaient vers des batiments formant des blocs de beton aux hauteurs vertigineuses.
Il etait la, elle deux metres plus bas, en fait, ils avaient été deportés ensemble, elle n'etait pas juive, lui si. Elle avait juste decidée de changer provisoirement de nationalité pour ne pas laisser son mari, sourd de naissance et sans famille, dans les bras de l'enfer.
Tout deux marchaient, faibles, trop minces et le visage noir de crasse, ils venaient de travailler, ou plutot ils revenaient d'une journée à depouiller de vielles voitures comme les autres detenus, portants des chiffres tatoués sur des bras trop squletiques. Il ne restait plus qu'une petite moitié de ceux qui etaient entrés ici, on ne savait pas vraiment ou,ni pourquoi ils ne revenaient plus, mais ils savaient qu'il y manquait des presences. Aujourd'hui, il faisait beau, comme chaque semaine, la douche venait appeler des corps nus, passant par cinq devant des jets d'eau qui par leurs puretés, netoyaient les corps en laissant par terre une couleur noir, puis en repartant, comme par habitudes, six personnes manquaient a l'appel.
Elle cherchait, elle avait mal aux cuissent,son coeur battait vite, elle scrutait, mais rien, son mari n'etait plus dans les rangs, son souffle se coupait, un garde venait la chercher sans la calmer, l'emmena dans un coin de ces murs, un tas de cadavre etait posé, elle venait de comprendre, elle ne voulait pas y croire, elle voulait se reveiller, mais les gardes la maintenaient debout par le bras et d'une violence incomparable. Alors c'etait vrai, elle venait de perdre son epoux, tout sa vie, la seule chose qui lui restait, c'etait la fin, elle hurlait, insultant ces monstres qui venaient de detruire sa vie, elle poussait les corps sans vies, encore chauds, elle attrappait de toutes ses forces l'homme avec lequel elle avait fait sa vie, l'embrassant de son courage, lui lanssant les dernieres lettres quant à sa droite, une arme venait de se poser sur son crane, terminant cette histoire face contre terre...



